Le futur du nucléaire en France

Publié le 16 mai 2013 dans Futur du nucléaire

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Beaucoup de Français s’intéressent à ce problème mais sont perplexes devant des déclarations très contradictoires et des chiffrages partiels et contestés. Il paraît possible de les éclairer en présentant le plus clairement possibles les faits et en évaluant objectivement l’ordre de grandeur des différences de coût entre les différentes options.

Les faits dans le monde

–  Quelques pays abandonnent l’énergie nucléaire mais ce n’est pas le cas actuellement des pays qui en ont l’expertise.

–  L’énergie nucléaire fournit cinq pour cent de l’énergie totale. Une augmentation importante de ce pourcentage n’est pas envisagée avant le possible développement des surgénérateurs vers 2050.

–  Les énergies éolienne et solaire sont en plein essor et leur potentiel élevé dans la plupart des pays.

–  De récentes études (notamment de l’AIE) montrent qu’il est possible au milieu du siècle de satisfaire la demande d’énergie avec 80% de Renouvelables.

Les faits en France

–  58 réacteurs fournissent près de 450 Twh/an (30% de l’énergie totale), 50 Twh sont exportés.

–  L’importance du risque nucléaire est très controversée mais il y a un certain consensus pour estimer entre 20 et 30 ans la durée d’une sortie éventuelle du nucléaire.

–  On envisage généralement une stabilité de l’utilisation globale d’énergie mais une augmentation d’environ un pour cent par an de la part de l’électricité.

–  Le potentiel de l’énergie éolienne est élevé mais son développement plus lent que dans les pays voisins, le coût du solaire est élevé. Les énergies marines sont prometteuses mais peu étudiées.

Evaluation du coût de 2 alternatives envisagées

1) Réduction de 450 à 300 Twh/an de l’énergie nucléaire d’ici 2025

La part du nucléaire baisse ainsi de 30 à 20% de l’énergie totale ; ce pourcentage reste plus élevé que dans tout autre pays.

Le surcoût lié au remplacement de 150 Twh de nucléaire à 4 cents/Kwh peut s’estimer en fonction d’une  répartition vraisemblable, telle que :

–   30 Twh de turbines à gaz, pour un surcoût voisin de 1 milliard d’euros, prix du gaz importé.

–   60 Twh d’éolien terrestre pour un surcoût de 4 cents/Kwh proche de 2,5 milliards (la densité d’éoliennes reste alors inférieure à celle de l’Allemagne ou de l’Espagne).

–   30 Twh d’autres énergies renouvelables (éolien offshore, usines marémotrices, solaire, biomasse, géothermie) pour un surcoût moyen de 10 cents/Kwh soit 3 milliards.

–   1 milliards d’euros pour le stockage d’énergies intermittentes (en doublant la capacité actuelle de stations de pompage).

Et il semble possible de réduire de 30 Twh l’exportation actuelle d’énergie nucléaire soit une perte de recettes supérieure de 1 milliard au coût de production.

Ce surcoût total de 8,5 milliards/an en 2025 peut être réduit par un effort supplémentaire d’économies d’énergie mais augmenté par un surcoût de lignes électriques. Une évaluation globale d’une dizaine de milliards parait donc raisonnable. Elle représente 0,5% du PNB de 2025.

Le montant cumulé de ce surcoût progressif de 2013 à 2025 est de 60 milliards. L’impact sur le coût de l’électricité atteint progressivement 10 milliards/600 Twh, soit 1,6 cents/Kwh, une augmentation en 12 ans de 0,13 cents/an (1% par an de la facture d’électricité des ménages).

Cette option peut augmenter de quelques pour cent l’effet de serre causé par la France et réduit de 10% les déchets nucléaires du parc actuel. Elle peut créer quelques dizaines de milliers d’emplois mais peut pénaliser de quelques milliards par an la balance commerciale.

Cette option pénalise en France E.D.F. qui perd un tiers d’un parc nucléaire très rentable et doit démanteler les réacteurs arrêtés. Mais l’arrêt des réacteurs français les plus anciens peut justifier et ainsi faciliter la promotion à l’exportation de réacteurs plus coûteux parce que plus surs.

2) Réduction de 300 Twh/an à 0 de l’énergie nucléaire entre 2025 et 2040

Les sources d’énergie  doivent être beaucoup plus diversifiées. Le surcoût moyen de remplacement peut donc être plus élevé, par exemple :

–   4 cents/Kwh pour 100 Twh d’éoliennes terrestre et de turbines à gaz   =   4 milliards d’euros

–   10 cents/Kwh en moyenne pour 200 Twh (éolien offshore,

énergie marémotrice, énergie solaire en France, énergie solaire ou

éolienne importée d’Afrique, biomasse, centrales à charbon

avec stockage de Co²…)                                                                          = 20 milliards d’euros

–   Stockage d’énergies intermittentes                                                          =   2 milliards d’euros

= 26 milliards d’euros/an

 

S’ajoute l’impact sur l’exportation d’un abandon total du nucléaire : le surcoût total peut donc être nettement supérieur à un pour cent du PNB et se cumule avec le 0,5% précédent.

La France abandonne également la possibilité d’être un leader sur le très important marché probable des surgénérateurs et pourrait acheter au milieu du siècle des surgénérateurs chinois ou indiens.

Conclusion

L’arrêt d’un tiers des réacteurs parmi les plus anciens peut réduire de moitié le risque due à l’énergie nucléaire, risque en fait très controversé. Cet arrêt entraîne un surcoût progressif proche de 0,5% du PNB en 2025. Ce pourcentage est assez faible en comparaison avec l’augmentation vraisemblable du PNB pendant cette même période (10 à 20% ?).

Dans cette option (mais également si on garde tous les réacteurs en service pendant au moins 10 ans) le choix principal peut être reporté après 2020 et basé alors sur une bien meilleure connaissance de l’énergie nucléaire et des alternatives diverses. Ce choix pourra alors se faire entre :

–   Le maintien après 2025 du parc en service, complété éventuellement par un programme important de réacteurs modernes.

–   La sortie totale du nucléaire vers 2040, nettement plus coûteuse que l’abandon partiel antérieur.

Ces deux options sont schématisées ci-dessous pour une utilisation d’énergie plafonnée à sa valeur actuelle de 1300 Twh/an (énergie primaire moins 60% de pertes). Elles sont analysées dans le document « Quelle énergie en 2050 » – juillet 2011 »

 

Option 1

Utilisation d’énergie

 

Sortie totale du nucléaire

Utilisation d’énergie

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