Influence de la sédimentation sur les projets de barrage (bulletin CIGB 144)

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Ce chapitre se réfère aux barrages de grande et de petite hauteurs et aux grandes ou petites retenues.

Généralités

De forts pourcentages de sédimentation de beaucoup de réservoirs et l’attention portée à leur durabilité à long terme ont donné de l’importance à ce problème. Certaines données correspondantes ont été mal utilisées, spécialement par des organisations anti-barrages, pour insinuer que l’utilité des barrages dans le monde va vers sa fin. Il est donc important d’évaluer l’influence réelle de sédimentation des retenues et de l’efficacité économique des différentes solutions pour réduire ce problème. Les principaux problèmes sont :

–  La perte de stockage de la retenue.

–  Les dommages causés aux turbines.

–  L’influence sur le lit de la rivière à l’aval.

Le volume total stocké dans le monde est d’environ 7 000 km3 dont 3 000 km3 de tranche morte pour l’hydroélectricité ; sur les 4 000 km3 restants de volume utile, la plus grande partie est consacrée à l’hydroélectricité, 1 000 à l’irrigation et à l’alimentation en eau, et une partie dans des réservoirs à but multiple. Le nombre de barrages d’irrigation est plus grand que celui pour l’hydroélectricité mais le volume moyen stocké pour l’irrigation est beaucoup plus petit.

Le volume annuel de sédiments transportés dans toutes les rivières du monde est évalué entre 20 et 40 milliards de tonnes pour des apports de 40 000 km3, soit un transport moyen de 0,5 à 1 tonne pour 1 000 m3 d’eau, mais ce dernier pourcentage varie énormément selon les rivières et les débits dans l’année. Toutes les rivières ne comportent pas de barrage et tous les sédiments ne sont pas retenus dans les réservoirs, mais plusieurs barrages peuvent être concernés le long de la même rivière. Le volume des sédiments stockés dans toutes les retenues du monde a été évalué, grossièrement et de façon typique, à 1 000 km3 pour les barrages qui ont 40 ans, soit par an de l’ordre de 20 à 30 milliards de m3, donc 0,3 à 0,5 % du volume stocké total.

Toutefois, ceci ne signifie pas que tous ces réservoirs seront complètement remplis par les sédiments dans 200 ans parce qu’un réservoir rempli de sédiments en 50 ans n’en contiendra pas 4 fois plus dans 200 ans, et beaucoup de retenues ne seront pas remplies dans 500 ans.

La plupart des dépôts concernent les réservoirs hydroélectriques, en partie dans la tranche morte. La perte d’énergie n’est pas proportionnelle à la perte de stockage. La perte d’énergie serait de l’ordre de 0,2 % par an sur un investissement total pour les réservoirs hydroélectriques d’environ 1 000 milliards d’USD, soit une perte de 2 à 3 milliards d’USD par an.

La perte annuelle de stockage pour les retenues pour l’irrigation, peut-être 5 à 10 milliards de m3, a un impact direct sur les volumes pour l’irrigation. Pour un investissement moyen de 0,5 USD/m3, la perte annuelle pourrait être de l’ordre de 3 à 5 milliards d’USD.

Il y a aussi le coût des dommages à l’aval et, peut-être pour 10 % des usines hydroélectriques des pertes d’énergie, de coût d’entretien et d’usure de turbine.

La perte totale annuelle due aux problèmes de sédimentation semble donc être comprise entre 10 et 15 milliards d’USD et par conséquent mérite une grande considération. Elle devrait cependant être comparée aux coûts annuels et aux bénéfices totaux des barrages, à savoir :

–  Quelques 40 milliards d’USD pour la construction et 20 milliards USD pour l’exploitation, la maintenance et l’amélioration des aménagements (en supposant 1 % des 2 000 milliards d’USD), soit un coût total de 60 milliards d’USD.

–  Quelques 150 milliards USD de fourniture d’électricité (en supposant 3 000 TWh x 0,05 USD) et 50 à 100 milliards d’autres bénéfices comprenant en particulier la nourriture pour plus de 500 millions de personnes grâce à l’irrigation.

Concernant les barrages dans le monde, la perte totale de 10 à 15 milliards d’USD par an due à la sédimentation devrait donc être comparée aux coûts globaux de 60 milliards d’USD et au bénéfice total de plus de 200 milliards d’USD par an.

Une grande attention accordée aux problèmes de sédimentation est de toute façon justifiée pour les raisons suivantes :

–  Les coûts sont élevés et une meilleure connaissance basée sur l’expérience de divers pays favorise une réduction de ces problèmes.

–  Le risque de sédimentation est élevé dans beaucoup de zones où les prochains barrages seront construits.

–  Outre l’optimisation économique, le soin apporté à leur durabilité sur le long terme est un élément-clé de l’acceptabilité future des barrages.

Dépenser jusqu’à 10 milliards d’USD par an pour les barrages existants ou nouveaux pour réduire les conséquences de la sédimentation apparaît comme raisonnable. Le coût de certains nouveaux barrages pourrait être augmenté de bien plus de 20 % pour diminuer les risques élevés dus à la sédimentation.

Les risques varient énormément avec :

–  Le taux moyen de sédiments transportés par la rivière, qui est en dessous de 0,1 tonne pour 1 000 m3 d’eau pour plus de la moitié des barrages et près, ou plus, de 5 tonnes pour 1 000 m3 d’eau pour quelques 10 % d’entre eux.

–  La dimension hydrologique de la retenue, c’est-à-dire le rapport entre le volume de la retenue et l’apport moyen annuel.

–  La granulométrie et le contenu en quartz  des sédiments.

–  Les conditions environnementales à l’aval.

Les problèmes et solutions ne sont pas les mêmes pour :

–  Les barrages pour l’irrigation où le problème majeur est la perte de stockage, mais le réservoir peut être vidé souvent chaque année : ceci favorise la réduction de l’envasement grâce à l’évacuation des apports par des pertuis de fond (voir ci-dessous).

–  Les barrages de faible hauteur pour l’hydroélectricité qui ne sont pas gérés de la même façon que les barrages pour l’irrigation.

–  Les barrages hydroélectriques de grande hauteur où le niveau de la retenue peut ne pas varier beaucoup dans l’année et dont un problème-clé est probablement l’usure des turbines. Dans ce cas, le revenu financier n’est pas diminué autant que le volume d’eau stockée.

– Les barrages à but multiple pour lesquels la réduction des envasements peut être plus difficile.

Données sur les apports solides

Beaucoup de dommages ou de pertes de retenue dans le passé à cause de la sédimentation sont en fait liés à une évaluation incorrecte du volume et des dimensions des sédiments et auraient pu être réduits par des projets et des exploitations bien adaptés aux circonstances.

L’évaluation des apports en sédiment est difficile parce que leur contenu varie considérablement pour une même rivière selon les écoulements et les saisons. Ces apports peuvent être plus importants durant la première partie d’une crue et les apports totaux varient suivant les années. Il est donc essentiel de consacrer assez de temps et d’argent à ce problème et de choisir la bonne méthode et le bon emplacement pour les mesures. Toutefois le résultat ne peut être précis et le projet devrait tenir compte de certaines incertitudes. De meilleures données pourront être obtenues durant les premières années d’exploitation et favoriseront une gestion optimisée du réservoir.

3.5.3  Implantation générale des ouvrages

Lorsque les problèmes de la sédimentation peuvent être importants, ils devraient être pris en compte pour l’implantation des différents ouvrages, tels que : prise d’eau, vannes de fond, évacuateurs de crue et même probablement le choix du site du barrage et l’utilisation globale de la rivière. Placer la retenue  principale sur un affluent est parfois la meilleure solution.

Des essais sur modèle hydraulique bien appropriés peuvent être très utiles pour optimiser l’implantation et le calage des vannes et pour étudier les options pour la gestion du réservoir.

3.5.4  Evacuation des apports par des pertuis de fond

Le taux de sédimentation des retenues est plus important pour celles qui stockent une part réduite des apports annuels. Pour les réservoirs agricoles qui peuvent être vidés chaque année à la fin de la saison sèche, il est souvent conseillé d’utiliser l’évacuation des apports par des pertuis de fond, c’est-à-dire de garder le réservoir vide durant la première partie de la saison des crues en exploitant la rivière de manière aussi proche que possible des conditions naturelles et d’éviter ainsi la plus grande part de la sédimentation. Le coût supplémentaire pour les vannes de fond correspondantes est d’habitude de quelques pour cents de celui du barrage, mais beaucoup plus élevé si elles sont construites après quelques années d’exploitation. Cette solution est souple, soucieuse de l’environnement et peut s’appliquer pour beaucoup de barrages. Le dimensionnement optimal des vannes pour l’évacuation des apports par des pertuis de fond mérite une étude spécifique pour chaque barrage, fonction de l’hydrologie, du but du barrage et des données sur les sédiments. Pour beaucoup de barrages, ces vannes peuvent servir aussi bien pour l’évacuation des apports par des pertuis de fond que pour des chasses (voir ci-après).

3.5.5  Dérivation des crues

L’évacuation des apports par des pertuis de fond ne peut s’appliquer qu’à des retenues pratiquement pleines tout le temps. La dérivation d’une partie des débits de crue (quand elles sont significativement chargées en sédiment) par une galerie court-circuitant la retenue, sur toute ou partie de sa longueur, peut être économiquement efficace, spécialement si la qualité du rocher permet de ne pas la revêtir, ou de la revêtir partiellement, et si la pente ou les méandres de la rivière permet d’avoir des galeries courtes. Un autre avantage de cette solution est que la plupart des investissements correspondants pourraient être faits durant l’exploitation de l’aménagement quand le besoin peut être évalué avec plus de précision. Inversement de telles galeries peuvent parfois être utilisées aussi comme galeries de dérivation provisoire pendant la construction. De telles solutions sont bien développées au Japon. Des chenaux de dérivation peuvent être utilisés à la place des galeries pour les tronçons inférieurs des très grandes rivières.

3.5.6  Dessablement des eaux turbinées

L’usure des turbines par des sédiments peut être importante si la charge est supérieure à 20 m et devient très importante pour les hautes chutes, spécialement si le pourcentage en quartz des sédiments est élevé. Dans certains cas passés, les turbines ont subi des abrasions si importantes qu’elles ont été mises hors d’usage juste au bout de quelques mois d’exploitation. Ceci a conduit à d’importantes pertes financières dues à la baisse des revenus tirés de la production électrique et aux coûts de réparation.

Il est donc nécessaire d’utiliser des ouvrages de dessablement, tels que les bassins de décantation (dégraveur-dessableur), pour éviter de conduire les sables et silts vers la centrale. Des ouvrages énormes, souvent en souterrain, ont été installés. Beaucoup ont eu deux inconvénients : ils étaient coûteux et leur efficacité était discutable. La plupart d’entre eux ont été réalisés avec des trémies de décantation et une chasse permanente des sédiments dans le but d’enlever les particules de diamètre supérieur à 0,2 mm, grâce à des vitesses d’eau réduites à environ 0,2 m/s sur une longueur d’environ 200 m. En réalité, l’efficacité réelle des trémies a été souvent beaucoup plus faible qu’anticipée ; mais l’inconvénient majeur est le fait que des particules de diamètre de 0,1 mm peuvent aussi éroder les turbines et que la vitesse d’eau conseillée dans un bassin de décantation pour les retenir plus efficacement devrait être de l’ordre de 0,05 m/s. Ceci n’apparaît économiquement possible que si la retenue elle-même est utilisée comme ouvrage de décantation et conçue en conséquence. On peut obtenir des réductions d’usure complémentaires des turbines par des conceptions mécaniques spécifiques et des revêtements.

Une analyse critique approfondie des ouvrages usuels de dessablement est donc essentielle.

Chasse

Les chasses augmentent la vitesse de l’eau à travers la retenue pendant un certain temps afin d’éroder et d’évacuer les dépôts de sédiment. Leur efficacité dans le monde varie considérablement et, du point de vue économique, elle semble dépendre principalement des conditions suivantes :

–  Un rapport entre le volume de la retenue et celui des apports annuels inférieur à 20 ou 30 %.

–  Un rapport entre le volume de la retenue et celui des apports annuels de sédiment en dessous de 20 pour des évacuations précoces par des pertuis de fond et en dessous de 50 pour des évacuations tardives par des pertuis de fond.

–  Une pente significative de la rivière.

–  Une vallée plutôt étroite dans la zone de la retenue.

–  Un impact acceptable à l’aval.

Les chasses réussies concernent donc principalement les tronçons de rivière en partie haute ou moyenne. Le choix, le projet et le calage des vannes de chasse est un problème-clé pour cette opération. Pour des vannes opérant sous haute charge, le problème d’usure ou de cavitation par des sédiments érosifs peut être important. Pour des barrages de faible hauteur, les vannes devraient être proches du lit naturel de la rivière. Pour les barrages hydroélectriques de grande hauteur, le niveau optimal des vannes de chasse peut être de 20 à 40 m sous le niveau maximal de la retenue, mais il est plus généralement dicté par le niveau minimal d’exploitation.

Un inconvénient des chasses est souvent l’impact à l’aval dû aux changements non négligeables des écoulements et des pourcentages en sédiment. De tels inconvénients peuvent empêcher ou limiter beaucoup d’occasions de chasses. En général les chasses ne peuvent éviter l’envasement dans une partie du réservoir mais peuvent, après quelques années, amener à un équilibre entre les sédiments entrant et les sédiments sortant de la retenue.

Des chasses dans les grandes retenues hydroélectriques servent principalement à déplacer les sédiments de la tranche utile vers la tranche morte et donc à conserver une capacité de stockage suffisante dans la partie haute de la retenue pour pouvoir produire les pointes d’électricité journalières.

La largeur (en mètres) des chenaux créés par les chasses dans les dépôts de silt est de l’ordre de 10 q0,5 (où q est le débit en m3/s) et peut donc être égale à 100 m ou plus. Elle est plus petite si les chasses ne sont effectuées que quelques années après la consolidation des silts.

Pour chaque site, l’efficacité et l’exploitation optimale des chasses peuvent être difficiles à définir exactement au moment du projet, mais le coût des organes de chasse n’est souvent qu’une petite partie de l’investissement principal. La capacité des organes de chasse sera faible comparée à celle de l’ensemble des ouvrages d’évacuation, mais l’ajout ultérieur de ces organes pourrait être difficile et très coûteux.

3.5.8  Dragage

Le coût total pour créer des réservoirs a été de l’ordre de 2 000 milliards d’USD pour 4 000 milliards de m3 de volume utile, soit un coût moyen de l’ordre de 0,5 USD/m3 et le coût du dragage est généralement bien au-dessus de 2 USD/m3 de sédiment. Le dragage ne peut donc être la solution standard. Toutefois cette option ne devrait pas être négligée, par exemple avec l’utilisation de «l’hydrosuccion», pour les petits réservoirs d’irrigation, et de gros matériels de dragage fabriqués sur mesure pour les grands aménagements hydroélectriques.

Pour les petits barrages pour l’irrigation, les coûts de dragage sont réduits si on évite le matériel de pompage quand la charge du réservoir peut être utilisée jusqu’à 8 ou 9 m. Dans les pays asiatiques où la main d’œuvre est peu chère, le coût par m3 d’enlèvement des sédiments, qui comprend principalement celui des tuyaux et de petits pontons travaillant en eau calme, est acceptable. L’efficacité peut être améliorée par des entrées de tuyau spéciales. Il y a cependant des limitations possibles telles que la longueur des tuyaux, la longueur du réservoir à dévaser, la profondeur des sédiments et les pertes d’eau. Ce dernier peut être le facteur limitant parce que la concentration des sédiments dans le tuyau est généralement en dessous de 10 %. Cette solution d’hydrosuccion s’applique principalement à de petits réservoirs stockant une petite partie des apports solides, disons de 10 000 à 100 000 m3 de sédiment par an. Cette solution peut être aussi utilisée pour vider les bassins de décantation.

Pour l’hydroélectricité, le coût du dragage devrait être comparé aux gains de production électrique et aux coûts d’exploitation et non aux gains de volume stocké. Par exemple pour un barrage de grande hauteur fournissant de l’énergie sous 100 m de chute avec un apport annuel de 10 milliards de m3, dont 80% génèrent du courant, le productible est de l’ordre de 2 TWh pour une valeur de 100 millions d’USD.

Si la perte d’énergie et les dommages dus à la sédimentation sont de 20 % de ce montant, soit 20 millions d’USD, et le contenu en sédiment de la rivière est supposé de 2 tonnes par 1 000 m3, soit 20 millions de tonnes par an avec une moitié se déposant dans la retenue, il peut être rentable de draguer 10 millions de tonnes par an si le coût du dragage est inférieur à 2 USD/tonne. De tels coûts peuvent être obtenus par des matériels spécifiquement adaptés aux conditions du réservoir. Le coût peut être bas pour draguer les matériaux fins en eau calme, avec de l’électricité et avec des charges réduites de 7 à 8 m en utilisant une partie de celle du réservoir. Le matériel  peut être utilisé pendant de nombreuses années après le remplissage partiel de la retenue. Un investissement pour le matériel de dragage égal à 5 à 10 % de celui pour le barrage et l’usine, soit 50 millions d’USD pour le dragage, est justifié. Dans ce cas le volume d’eau nécessaire pour le dragage serait d’environ 5 fois le volume des sédiments.

Cette solution pourrait être étudiée pour beaucoup de futurs aménagements hydroélectriques comme une alternative aux coûteux bassins de décantation, qui nécessitent aussi dès le départ des coûts d’investissement considérables. Le matériel de dragage peut être aussi conçu selon l’envasement mesuré précisément durant les premières années d’exploitation de la retenue. L’impact sur l’environnement est beaucoup plus faible que pour les chasses. Le dragage peut être utilisé pour enlever plus de 10 millions de m3 de sédiment par barrage et par an. On pourrait laisser des orifices dans le barrage ou les rives pour les tuyaux de dragage afin de  réduire la charge nécessaire pour cette opération.

Choix des solutions

Il n’y a pas de solution standard et des variantes différentes doivent être étudiées pour tenir compte des incertitudes dans l’évaluation des envasements. L’étude ne doit pas se limiter à 20 ou 50 ans et on doit considérer aussi les conséquences à long terme et les conditions en fin de service de l’aménagement. Associer plusieurs solutions peut être le meilleur choix. On fait certaines suggestions ci-dessous pour trois aménagements habituels probables dans le futur :

– La plupart des «grands barrages» existants sont des barrages de faible hauteur pour l’irrigation construits en Asie avec plutôt de petites retenues, disons de quelques millions de m3 ou de quelques dizaines de millions de million m3. Beaucoup d’autres seront construits dans le monde. Si la retenue stocke la plus grande part des apports annuels, même avec des pourcentages en sédiment supérieurs à la moyenne mondiale de  0,5 à 1 tonne par 1 000 m3, la durée de vie utile de la retenue peut être bien au-dessus de 100 ans. Mais les retenues qui stockent 10 ou 20 % des apports annuels peuvent être à moitié envasées en quelques dizaines d’années. Dans beaucoup de pays, spécialement en Asie, les crues et la plupart de la sédimentation se produisent juste en quelques mois durant la saison des crues. Garder la retenue vide durant la première partie de la saison des crues pourrait plus que doubler la durée de vie utile de la retenue. En utilisant l’hydrosuccion on pourrait encore augmenter cette durée. Ceci nécessite, au stade de la construction, de prévoir des vannes de fond pour pouvoir évacuer les sédiments par des pertuis et/ou des tuyaux à travers le barrage pour l’hydrosuccion. Ceci peut aussi être justifié s’il y a un sérieux problème concernant l’importance du phénomène de sédimentation. L’évacuation des sédiments par des pertuis de fond, souvent réalisée en Chine, pourrait être utilisée sur la plupart des retenues pour l’irrigation soumises à la sédimentation.

– Dans les tronçons de rivière à forte pente, beaucoup d’aménagements hydroélectriques utilisent un barrage de faible hauteur vanné, une galerie d’amenée et une usine de haute chute. La petite retenue fait l’objet de chasses pour évacuer les sédiments charriés par le fond mais les eaux dérivées vers la centrale comprennent souvent des particules jusqu’à 1 à 2 mm qui peuvent causer de sévères dommages aux turbines et augmentent jusqu’à 20 % ou plus le coût total du kWh. De grands dessableurs souterrains à fonctionnement continu ont été utilisés avec une vitesse de l’eau de 0.20 m/s sur une longueur de 200 m pour limiter le diamètre des particules à environ 0,2 mm. Leur efficacité a été souvent inférieure à celle qui était prévue et les particules de 0,1 mm peuvent de toute façon être nuisibles, spécialement si elles comprennent  un pourcentage élevé de quartz.

Il peut être plus économiquement efficace d’utiliser la retenue principale elle-même pour la décantation. Par exemple si le débit turbiné est de 50 m3/s, un bassin de décantation naturel de 500 m de long peut être créé dans la rivière entre un barrage vanné à l’aval et un barrage non vanné à l’amont. Le profil en travers de la retenue, pour une vitesse d’eau de 0.05 m/s serait au moins de 1 000 m² (50/0,05), soit une retenue de près d’un million de m3 et un barrage de 15 à 25 m de hauteur. Une galerie de dérivation, de 500 à 1 000 m le long de la rivière avec une section d’environ 50 m², formerait by-pass pour le bassin pour les débits supérieurs à 50 m3/s et serait contrôlée par la vanne amont. Elle détournerait presque tous les apports charriés par le fond et une grande partie des apports annuels de silt et de sable. Les sédiments déposés dans le bassin seraient évacués par des chasses durant quelques jours par an, peut-être durant les week-ends. Certains jours dans l’année durant lesquels les crues excèdent la capacité de la galerie, celle ci et la galerie d’amenée à la centrale pourraient être fermées et les crues évacuées par les pertuis du bassin.

– Beaucoup de futurs grands aménagements hydroélectriques seront basés sur des barrages de 50 à 200 m de hauteur sur de grandes rivières avec une centrale utilisant des charges de l’ordre de 100 m et avec de gros débits. Si le réservoir stocke moins que 10 % des apports annuels de plusieurs milliards de m3, il pourrait être envasé en quelques douzaines d’années ou moins. L’aménagement est probablement conçu pour fonctionner à plein temps durant quelques mois de la saison des pluies et pour produire principalement de l’énergie de pointe journalière durant la saison sèche. Il peut être aussi nécessaire d’éviter le passage des silts et sables à travers les turbines. De grands bassins de décantation artificiels sont très coûteux pour les grands débits correspondant à ces aménagements et ils ne peuvent pas retenir les particules plus petites que 0,2 mm. L’utilisation d’environ 1 à 2 km de la partie aval de la retenue comme bassin de décantation, avec des sections de l’ordre de 10 000 m², disons par exemple de 25 m de profondeur sur 400 m de largeur, peut être économiquement beaucoup plus efficace. De tels aménagements pourraient justifier des matériels de dragage spécialement conçus. De plus, les investissements de départ et les incertitudes associés avec les grands dessableurs artificiels sont considérablement réduits. Les chasses par des vannes, de 25 à 50 m sous le niveau maximal de la retenue, peuvent être aussi efficaces, du moins pour garder assez de volume de retenue pour produire les pointes d’énergie, mais peuvent être empêchées ou limitées pour des raisons environnementales à l’aval. La perte correspondante d’eau sera généralement plus grande qu’avec le dragage. L’association d’un dragage et des chasses exceptionnelles peut être la meilleure solution avec un investissement de départ faible et avec des investissements pour le dragage adaptés en fonction de la vitesse réelle de sédimentation.

Conclusion pour  la réduction de la sédimentation

L’envasement des réservoirs n’est pas globalement aussi préjudiciable que parfois proclamé mais c’est un problème sérieux pour beaucoup de réservoirs, spécialement en Asie où la plupart des futurs barrages seront construits. Au-delà de l’optimisation économique, les exigences pour la durabilité à long terme favorisent les mesures pour atténuer ce problème. Elles peuvent varier sensiblement avec le site du barrage, le but et l’exploitation de la retenue. La gestion de la sédimentation peut influencer non seulement le projet des ouvrages mais aussi le choix du site du barrage et même son implantation générale. Les études devraient tenir compte de certaines incertitudes inévitables dans l’évaluation de la sédimentation. Les évacuations des apports par des pertuis de fond peuvent être efficaces pour beaucoup de barrages d’irrigation. Des galeries de dérivation définitives, des chasses et/ou dragages peuvent être économiquement efficaces selon les conditions spécifiques locales. Le dessablement des eaux turbinées mérite une analyse de l’efficacité réelle des ouvrages existants. L’utilisation de la retenue elle-même pour le dévasement peut être économiquement efficace. La combinaison des solutions convient souvent.

Une analyse de la durabilité à long terme est conseillée même si le risque est plutôt faible. Elle peut justifier des investissements faibles au départ, tels qu’une augmentation des capacités des vannes de fond, des tuyaux à travers le barrage pour un futur dragage, des prises d’eau pour d’éventuelles galeries etc. Tout ceci réduira considérablement les futurs investissements et permettra d’ajuster le traitement de l’envasement à celui qui sera réellement mesuré.

Des progrès dans la réduction des envasements seront obtenus grâce aux données et informations sur le coût réel et l’efficacité des différentes solutions utilisées avec succès à travers le monde, et même mieux, grâce aux difficultés rencontrées et aux modifications qui ont du être réalisées sur les ouvrages définitifs pour pouvoir les résoudre.

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